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NOTRE HISTOIRE

Réfléchir à la lutte contre la violence en ligne est un sujet qui intéresse à plus d’un titre : philosophique, politique, social, juridique, technique, éthique, etc. En confrontant les avis, le sentiment général est bien que la violence au présent est intenable. La surexposition à la haine est odieuse, elle a atteint un seuil de non-retour en banalisant l’insulte. Subir les constats d’impuissance face à la haine, lister les cas d’inefficacité des tribunaux, l’inadaptation de leurs réponses et de la justice en ce domaine déçoit tant le justiciable que les professionnels du droit et de la justice.

Qui n’a pas déjà été confronté, ne serait-ce qu’en tant que témoin, au harcèlement scolaire aujourd’hui multiplié par ce qui se passe sur les réseaux sociaux ? Qui n’a pas craint pour autrui, ou qu’un enfant ou une personne fragile, un proche parfois, soit l’objet de brimade ou de bizutage ? Qui n’a pas reçu la confidence, ici ou là, d’une jeune personne, proche de la famille ou du cercle d’amis, maltraitée ou exclue de la classe et/ou sur les réseaux sociaux ? Quelle classe, à l’école, n’a pas été confrontée à la question « que fait-on le jour où le harcèlement, via les réseaux sociaux, s’invite dans notre école ? dans notre classe ? ». Qui n’a pas rencontré sur Internet – et de manière répétée – des contenus qui l’ont horrifié ? Qui, dans le cadre professionnel, n’a pas reçu ou été mis en copie de courriels contenant des violences gratuites qui laissent des traces dans les relations, dans le vécu psychologique ?

De toutes ces réflexions est née l’idée d’un outil-label-bouclier, de couleur bleu et blanc, pour affronter la haine et convier au respect dans les échanges entre internautes. Cette initiative a été mise en forme et proposée par deux jeunes adolescents, Nathan et Adrien Coen. Le logo Respect Zone est fait de deux mains de couleur différente qui, unies, dessinent – en dépit de leur différence de couleur – un cœur avec les doigts. Ce signe au cœur est proposé comme une signalétique d’autodéfense numérique, aux mêmes couleurs et même format que les autres boutons des réseaux sociaux (eux aussi, tous ou presque, de couleurs bleu et blanc, au format dit « à plat » et au contour octogonal et arrondi).

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Il était urgent de porter cette idée et d’émettre des propositions pour un Internet plus sûr et plus respectueux et, à la fin, plus interactif et donc plus démocratique une fois délesté de l’anxiété créée par la rencontre avec la haine au coin du clavier.
Si la cause défendue ne résonnait pas dans l’expérience numérique et personnelle de la plupart des personnes qui ont croisé cette initiative sur leur chemin, l’idée de faire du « respect ensemble » n’aurait pas recueilli l’assentiment et le soutien immédiat des ministères, agences de l’Organisation des Nations unies, associations humanitaires ou antidiscrimination, associations professionnelles, fonctionnaires, ni des centaines d’entreprises mondiales et locales, des agences de publicité et digitales, des étudiants, enseignants, religieux, artistes, bloggers, ni encore des dix mille abonnés (dont un bon cinquième issu d’Afrique du nord et du Moyen Orient) sur les réseaux sociaux et des millions de pages et publicités vues sur le sujet.

La cause de la lutte contre la cyberviolence et ses conséquences sur l’individu et la collectivité est facilement audible, peu importe l’âge, la profession, le milieu social, culturel ou économique. La lutte contre les cyberviolences et le harcèlement fait partie des rares causes consensuelles.

Le label du respect numérique Respect Zone a connu son premier lancement au centre de l’univers numérique lors de la manifestation la plus fréquentée des adeptes du jeu vidéo : le salon de la Paris Games Week à la porte de Versailles. Respect Zone a été soutenu d’emblée par les leaders d’opinion en ligne : les youtubers célèbres, comme Cyprien, Squizzie, Vortex, ou Kyan Khojandi, auteur de la série Bref, et la profession du jeu vidéo réunie sous l’égide de l’association professionnelle nationale : le Sell.

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L’histoire d’Internet montre que tout est allé trop vite au moment de son ouverture. La réflexion a été escamotée et il n’y a eu aucune stratégie globale ; c’est le principe empirique d’une construction en réseau. Après la bulle Internet du début des années 2000, les réseaux sociaux sont nés de l’imagination de jeunes étudiants venus de prestigieux campus américains. À la base du succès des réseaux sociaux, il y avait ce plaisir de retrouver des « amis » et des communautés et de créer des liens. Telle était la promesse de ces start-up. Les internautes ont répondu « présent » aux réseaux sociaux et ils sont maintenant plusieurs milliards à n’en fréquenter qu’une demi-douzaine.

Internet a contribué au Printemps arabe et à d’autres soulèvements populaires, spontanés et à visée démocratique.

Nous avons même pu penser un temps que les réseaux sociaux nous invitaient à nous inscrire gratuitement. Puis les internautes se sont rendu compte que leurs données personnelles avaient de la valeur, qu’un nouveau marché s’ouvrait avec leurs données personnelles, que les inscriptions sur ces réseaux créaient une nouvelle forme d’aliénation consentie par certains égards, que le terme d’ami a été du même coup galvaudé et ne veut désormais plus dire grand-chose. Le terme « contact » serait aujourd’hui plus approprié qu’« ami ».

Les internautes ont tendance à garder leurs lots d’amis (de connexions) numériques pour deux raisons : pour ne pas se désocialiser et pour garder un œil sur les comportements des membres connectés de cette communauté « virtuelle ». Difficile, en effet, de dire à l’autre « tu n’es plus mon ami » et de le décocher sans offenser l’autre ou susciter un ressentiment.

Combattre la cyberviolence rend particulièrement humble et rappelle le mythe de Sisyphe tant le combat est inégal et la pente de la haine est raide, mais quand on pense aux victimes et aux souffrances en ligne, faire campagne pour le respect en ligne devient évident.

Notre relation à Internet ressemble parfois à celle de quelqu’un vivant auprès d’un conjoint abusif. La victime sait qu’à trop y revenir, elle va s’y abîmer. Nous savons qu’être accepté ou refusé dans un groupe est une décision que nous regretterons peut-être un jour car, sur Internet, les données ne s’effacent pour ainsi dire pas et la masse des affiliations et des inscriptions et acceptations de contrats en ligne, ou d’affiliation à des sites et à des réseaux (les « terms & conditions » et conditions juridiques d’appartenance à une « communauté »), fait qu’une fois inscrit, on oublie vite de quel réseau il s’agissait, sauf à tout noter méthodiquement. Nous savons que nos données les plus personnelles seront tantôt « hackées », tantôt détournées.

Fort heureusement, le droit des données personnelles protège les internautes, et certaines sociétés savent offrir des conditions de protection supérieures au droit applicable.

Pourquoi les internautes se plaisent-ils à ignorer tout cela ? Pourquoi offrir à tous vents son intimité, ses codes et ses mots de passe ? Pour se donner le sentiment d’exister en s’exposant ? C’est un débat pour la communauté des psychiatres. Ce constat d’auto-aveuglement interroge. En ligne, Internhate prend un caractère faussement virtuel, parle à l’imaginaire et donc devient une réalité fantasmée ou cauchemardée.

Les réseaux sociaux et Internet n’incarnent pas le mal. Ne croyons pas, à rebours, au complot. Les machines ne renferment que ce que leurs concepteurs et leurs utilisateurs y mettent, comme le souligne dans son ouvrage sur le mythe de la singularité Jean-Gabriel Ganascia[1]. Les réseaux sociaux sont des outils interactifs et multimédias : ils agencent, organisent, stimulent, motivent, peuvent aider à réguler, orienter, signaler, mais les plateformes, les logiciels, les codes n’en constituent pas le contenu.

Internet est notre machine miroir, et nous avons toute latitude pour inventer son mode d’emploi et décider de ses réglages. C’est précisément contre le renoncement, contre la lassitude à lutter contre les monstruosités en ligne que nous voulons trouver les ressorts pour nous indigner et résister.

Affronter l’inertie, nourrir le contre-discours, identifier les zones de respect, ce sont les défis que notre époque apporte, défis que nous voulons questionner et tester.

Les réseaux sociaux sont construits pour susciter des regroupements humains par affinités électives, par communautés de goût, d’intérêt ou de pensée. Ils conduisent donc à des comportements en cohorte, de type clanique ou tribal. Sur ces plateformes, les internautes sont exposés à la cyberviolence : insultes, harcèlement, incitation à la violence, manipulation, fake news ou incitation à la radicalisation…

Ce plaidoyer est un appel à l’autodéfense pacifique, pour dire STOP à la violence, pour résister, refuser l’injustice, l’insensibilité, et pour protéger les plus jeunes.